Me, My Friends and I

2013 est mort.

Pour moi, et pour beaucoup, 2013 avait été une véritable épreuve. Aussi, quand cette année s’est terminée, nous étions nombreux à avoir poussé un soupir de soulagement.

Je me souviens avoir pris conscience de la violence de l’année que nous venions de vivre alors que j’étais chez ma mère, affalé dans du cachemire et dans ce canapé au cuir probablement aussi âgé que moi, sur cet ordi à la connexion Internet lente comme au siècle dernier. 
Enfin. Ça y était. J’arrivais au bout. 
Quelques jours plus tard, j’allais célébrer mon trente-et-unième anniversaire, et, avec lui, la fin de cette trentième année, cette fameuse, cette superbe, cette atroce trentième année.

En regardant par dessus mon épaule cette année écoulée, j’ai réalisé que cette année avait été bien plus dure que je ne l’avais imaginée.


Bien sûr, il n’y avait pas eu que des drames.
2013 était l’année du grand retour de l’Aristo, cet homme que j’aimais dans ma chair, que je n’avais pas une seconde laissé partir. À raison.
Maintenant, il était là, pour de vrai, pour de bon, prêt, enfin.

Plus que des retrouvailles, c’était un départ. Et, entre nous, il était temps.

2013 était aussi cette rencontre extraordinaire. Ma rencontre avec V..

La première fois que je me suis retrouvé face à lui, c’était pour des raisons professionnelles. Fier, militant et engagé que j’étais, j’utilisais mon metier médiatique pour servir ma cause, et le voyais justement pour parler du mariage pour tous.
Rapidement, Il est devenu un élément central de ma vie.

Plus que des potes, nous sommes devenus confidents quotidiens. Tous deux grands blessés, nous nous soutenions et nous soulevions mutuellement.
V. m’a apaisé, rassuré, remis sur les rails. V. m’a ramené à la vie, au moment où l’aristo commençait à y entrer de nouveau.

Mais pour tous ceux qui l’ont vécue, 2013 resterait à jamais associée au mariage pour tous. La haine dans la rue. Les larmes, l’horreur, l’engagement, la colère. Les garçons blessés parce que PDs. Les propos abjectes. La découverte de l’homophobie. La plus grande violence de ma vie.

Je revois ces larmes versées, ces envies de me battre, ces engueulades et ce rejet contre tous, même ceux qui étaient de mon côté, qui voulaient m’aider. Je me sentais à la fois seul, incompris, et en même temps, subissant tout ce que les gays du monde vivaient et avaient vécu depuis des millénaires, comme une découverte écorchante.


Puis, il y avait eu Christiane Taubira. La superbe, la conquérante.
Et l’article de mon père. Ces mots magnifiques. L’amour et la paternité si brillamment écrits.
Et le vote, ce grand oui, l’ouverture pour plus de droits. La victoire.
Mais cette victoire conserverait à jamais un goût super amer, tant ce que nous étions avait été égratigné.

Ce n’est qu’il y a quelques jours que j’ai pris conscience que cette horrible 2013 était définitivement derrière nous. Et ce dans le cadre le plus étonnant qui soit.

Un nouveau client, un soir. J’arrivais chez lui plus d’une heure en retard, ayant du gérer, comme cela arrive parfois dans mon métier, ce que l’on nomme une crise médiatique. Autrement dit plus rien n’existe que votre téléphone et le temps qui file et défile bien trop vite.
J’arrivais donc chez ce nouveau client, stressé et contrit, pour que l’on parle ensemble de Twitter.

A mon arrivée, il voulu appeler ma chef, pour lui annoncer quelque chose.

Son agence de relations presse était en compétition contre nous, lors de l’appel d’offres pour la gestion des réseaux sociaux que nous avions remporté, et pour laquelle je me trouvais là.
Apparemment, elle n’avait pas très bien pris la nouvelle.

Après avoir longtemps plaidé en sa faveur, elle avait décidé de changer de tactique et de passer à l’offensive, dénigrant au départ les qualités de mon agence. Évidemment, cela n’avait pas beaucoup plu, mais le mec était classe, et avait décidé de comprendre, et de mettre cela sur le coup de la déception.

Voyant que rien n’y faisait, la dite agence fit des recherches sur moi. Et, rapidement, elle tomba sur mes tribunes publiées dans certains médias. Tribunes engagées rédigées lors du pugilat orchestré par les homophobes de la Manif pour tous. Elle y vit là un boulevard pour abîmer mon image auprès de ce client, et lui énonça à quel point il était folie de confier son image numérique à un suppôt de Satan homosexuel.

Je ne sus et ne saurai jamais quels étaient ses propos exacts. Seuls les mots virulents, durs et sincère furent prononcés.
Le client m’avoua avoir été outré par son discours. Il avait été également choqué par le fait qu’il se rendait compte qu’elle pensait ce qu’elle disait. Ce n’était pas qu’une stratégie stupide, bien qu’abjecte, mais bien des “valeurs” ancrées qui étaient défendues. Et ça, non, il n’en voulait pas. Il avait donc mis un terme à leur collaboration dans l’heure qui suivait.

Je me souviens avoir lutté pour ne pas pleurer. Après tout, j’étais là, dans ce bureau, dans le cadre de mon travail. Pleurer n’aurait pas été très professionnel.

Mais pendant tout ce temps, je ne pouvais m’empêcher de ressentir un sentiment de victoire. Oh, pas personnel, non. Je ressentais un sentiment de victoire bien plus profond. Celui de la revanche. celui qui te fait penser que, ça y était, les homophobes qui nous avait tant fait souffrir en 2013 avaient non seulement réellement perdu, mais commençait à payer pour tout cette douleur atroce qu’ils nous avait fait subir. À mes amis, mes parents, mes frangins, à V., à moi, à tous les homosexuels de France, à tous les gays du monde depuis des millénaires.

Et à tout 2013.